EDITOCOLO

Ne cherchez pas ici de polémique scientifique sur l’impact du plus célèbre des herbicides. Pas plus sur les alternatives réelles et ignorées à son utilisation. Ni même sur la politique gouvernementale et les relations étonnantes entre ministres qui découlent de le loi alimentation.

Regardons plutôt ensemble le symbole, ce “fait perceptible qui par sa nature nous évoque spontanément quelque chose d’absent”. L’absent ici reste l’enjeu. La réalité d’une situation, la réaction qu’elle induirait. Et qui n’existe pas.

Notre modèle agricole décidé après la 2nd guerre mondiale pour nourrir l’humanité à moindre coût a vécu : personne n’est à blâmer ; il fallait le mettre en place dans l’urgence, il a donné des résultats spectaculaires, rapides et efficaces. Mais il a 60 ans ; il ne prenait pas en compte le terme long de ses conséquences sur la nature, son outil de travail, notre environnement. Il nous a laissé penser que nous n’avions plus de lien avec elle, que le progrès nous avait détaché de notre condition animale.

Aujourd’hui, on sait. On a débattu, évalué et conclu que, pour la première fois de notre histoire, nous n’avions pas le choix : quelle entreprise, quelle famille, quel individu accepterait de détruire chaque jour un peu plus le socle sur lequel a été construit son usine, sa maison, sa vie ?

Nous devons changer de modèle, nous devons prendre en considération l’impact de chacune de nos actions sur la terre ; nous n’avons ni planète de rechange ni plan B. La planète, elle, s’en moque : elle n’est pas menacée ; elle attend la disparition de l’homme une parenthèse de quelques millénaires dans sa trajectoire en milliards d’année, pour se régénérer.

Nous savons comment y parvenir : la recherche a ouvert des voies ; bio et biodynamie, permaculture, conduites alternatives et raisonnées, … des projets foisonnent, avancent, prouvent leur qualité, leur capacité à prendre le relai, à rendre possible une agriculture qui nous donnent des aliments sains, locaux, durables.

Nos paysans se divisent entre une minorité formée à ses pratiques, consciente, une sorte d’avant-garde et une majorité dans l’incapacité d’appréhender une transformation vécue comme une trahison et menant à sa disparition. Comment changer alors même que l’on ne vit plus de son travail, que les structures en place (coopératives, syndicats agricoles, chambres, interprofessions, …) freinent, que les lobbies inondent de messages contraires ? Comment accepter de bouleverser des habitudes dites traditionnelles alors qu’elles n’ont pas un siècle, d’aller à rebours du “on a toujours fait ainsi” ?

Il nous faut aider nos paysans, vite et fort, leur donner tous les moyens pour que tous apprennent, comprennent, acceptent et mettre en œuvre cette révolution agricole aussi enthousiasmante que furent celles de l’industrie au XIXème siècle et de l’informatique au XXème. Il faut cesser de les stigmatiser, leur redire leur importance vitale, leur place incontournable dans notre société et comme une contrepartie, exiger d’eux qu’ils cessent un modèle qui nous tuent tous. Cela ne nous coûtera pas si cher.

La grande distribution n’est qu’un bouc émissaire facile : elle n’est qu’un tuyau, qu’un canal, qu’un circuit d’achat. Elle profite d’une filière exsangue, au main de prédateurs sans scrupule. Elle n’est ni la cause ni la solution de la crise actuelle.

Nos politiques démontrent au mieux leur impuissance, au pire leur impéritie, leur complicité. Ils voient le mur arriver et accélèrent pour nous y précipiter.

Ils doivent poser le cadre législatif et réglementaire de l’évolution : interdire les produits dangereux ou supposés tels, interdire surtout les additifs nocifs, les ajouts de sucre ou de sel inutiles, obliger à une transparence des produits totale (origine, composition, mode de fabrication), informer et éduquer à une alimentation équilibrée et de proximité. Ils peuvent débloquer de l’argent, beaucoup de moyens pour soutenir chaque paysan de France à inventer son modèle de production et à vivre de sa mise en marché.

Rien de tout cela n’est impossible, rien n’est inatteignable, ni lointain : nous n’avons plus le temps des atermoiements et des consensus ; tous autour de la même table, nous devons bâtir un compromis pour que l’Homme ne s’efface pas de la planète dans un cataclysme écologique.

Pas dans 20 ans, pas dans 10 ans, pas dans 5 ans, de suite ! Chiche ?

                 

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