POINT DE VUE.

L'histoire.

…récente de l’agriculture recèle un paradoxe : sommée après la seconde guerre mondiale de nourrir une humanité en expansion, elle n’a cessé depuis de répondre à cette injonction tout en traversant des crises si puissantes qu’elle semble aujourd’hui menacée dans son existence même.

Des années 1980 à 2020, la population humaine a doublé, sans que soit remise en question la capacité à produire suffisamment de denrées pour l’alimenter. Mais cet état de fait, cette incroyable expansion s’est muée de façon insidieuse et permanente : la rentabilité a été encouragée à tout prix, c’est-à-dire au moins disant : la part du budget des familles françaises consacrée à l’alimentation a ainsi chuté de 29 à 17% (de 1960 à 2019). 61% des consommateurs continuent à penser que la nourriture est trop chère. On renâcle face à un kilo de tomates acheté à 2,5€, jamais devant les 1 500€ d’un nouvel Iphone.

Des conséquences catastrophiques.

La diversité (alimentaire comme des cultures) a été la première victime de cette volonté performatrice : de nombreuses variétés de légumes, fruits, graines ou céréales ont été abandonnées au seul profits des quelques espèces standardisées les plus productives. Notre environnement comme la qualité même de ce que nous mangeons ne s’en sont que davantage dégradés

L’humain a été la deuxième : pas assez rentable, il a été remplacé par la machine ; entre 1982 et 2019, pour une population métropolitaine passée de 52,5 à 65,1 millions (+24%), le nombre d’agriculteurs.trices a été divisé par 4 (1,6 millions à 400 000) ; la main d’œuvre elle aussi s’est rétractée dans des proportions moindre.

La machine a elle été soutenue par des produits phytosanitaires censés limités les interventions humaines, la pénibilité du travail et l’impact des maladies ; le phénomène est loin de décroitre : de 1990 à 2022, l’usage de ces molécules de synthèses a augmenté de 89% dans le monde entre 1990 et 2022. La France, malgré quelques efforts, les utilise encore en masse, à raison de 3,4 kilogrammes par an et par hectare.

Le rendement a explosé sous l’effet conjugué de la mécanisation et de la chimisation de l’agriculture, laissant croire à une abondance sans limite à des prix toujours plus bas.

De la terre à la finance.

Un glissement s’est alors opéré : le pouvoir, la puissance économique sont passés du foncier (la propriété) à l’industrie (fournisseur des outils et des intrants). Soumise à une financiarisation galopante de son activité, cette dernière a voulu et est parvenue à posséder le vivant en privatisant la nature.

Ainsi, par exemple, le développement des OGM s’est construite pour renforcer les fabricants devenus mondialisés et monopolistiques de pesticides, fongicides et autres herbicides : et pour cause, les plantes OGM sont les seules aptes à tolérer des doses systématiques et systémiques de chimie. Elles sont aussi assis l’immense puissances des firmes sur l’agriculture paysanne délestée de son droit d’accès libre aux semences.

Leur mainmise s’étend au fur et à mesure que s’accentue leur poids, au point que tout discours alternatif est maintenant associé à de l’agribashing.

Le bout du chemin ?

Les rendements de l’agro-industrie se sont mis à baisser ; la planète entière étouffe sous les polluants ; les campagnes se diversifient, le métier repousse les jeunes générations tant il s’est vidé de sens et s’est appauvri.

Et pourtant, il nous faut manger, mieux même affirme-t-on.

Ainsi, soixante-dix ans plus tard, l’agriculture plonge dans un autre paradoxe : honnie mais indispensable. Elle doit se réinventer.

De nombreuses alternatives existent et jamais dans notre histoire, autant de connaissances et de compétences existent. Passer d’une logique d’exploitation (ah le vilain choix que celui d’exploitant agricole) à celle d’un accompagnement productif de la nature, fonde le combat pour une agriculture du vivant, saine et durable. Saura-t-il triompher des peurs, des à priori, des lobbies et du moins disant alimentaire ?

Sources : INSEE (institut national de la statistique et des études économiques), INRAE (institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) , Statistica (exploitation de données).

                 

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