FAUT-IL DISTILLER MASSIVEMENT ?

Dessin original Ben

Imaginez-vous en décideur de la filière française...

…la crise du Covid-19 touche de plein fouet le marché du vin, les restaurants et bars (plus moins le quart des achats) sont fermés. Le monde économique tremble et les entreprises viticoles ne sont pas les mieux loties. Un plan de sauvegarde, d’urgence vous est demandé.

Vous regardez donc le contexte :
-l’OIV vient de publier ses statistiques 2019 avec (résumons-les) un maintient de la consommation mondiale à 244 millions d’hl :

et une hausse de l’export (tendancielle depuis 2013 malgré des soubresauts annuels) :
De plus, vous vous rendez compte que vos concurrents du “Nouveau Monde” se préparent à une petite récolte :

...vous sondez le consommateur.

Bien sûr, il est très difficile de savoir ce que pense et fait le consommateur “à chaud” et d’en tirer des conclusions définitives ; alors vous vous tournez vers les plus éminents spécialistes :

-l’Association européenne des économistes du vin (EuAWE) et la Chaire Vins et Spiritueux de l’INSEEC dirigé par le Professeur Cardebat, vous indiquent dans une enquête que les Français (comme les Espagnols et Portugais) affirment boire plus de vin depuis le début du confinement ;

-une étude YouGov pour Rayon Boissons avait dégagé les mêmes conclusions ; l’image du vin reste stable et positive, les prix d’achat ne sont pas dégradés ; il semble même que les consommateurs vident leur réserve (leur cave) plutôt que d’acheter plus.

Enfin, toutes les tendances à l’oeuvre avant la crise, s’accentuent (circuits courts, vins de qualité et de producteurs, digital, proximité, etc.).

A l’international, tout part dans tous les sens : les Américains surconsomment (+66% d’achat de vins sur la 1ère période du confinement – source Nielsen) ; les Australiens se sont rués chez leurs cavistes qui ont dû instaurer des quotas pour servir tous leurs clients ; les Européens, plus prudents, suivent plutôt les latins (relire ci-dessus).

...et vous regardez le calendrier.

Nous sommes mi-mai et le temps reste chaotique : la vigne très avance en début d’année, subit des pluies diluviennes, de la grêle, du vent, de la chaleur de façon imprévisible.

La récolte 2020 est encore loin mais le moins que l’on puisse dire, est qu’elle s’annonce incertaine.

...vous résumez et décidez.

Donc, un marché (macro économiquement) en progression, des consommateurs affolés mais fidèles, toujours en quête de vins cœur et haut de gamme , une récolte faible chez vos concurrents du sud, à risque chez vous…

Que faites-vous ? Vous séparez-vous définitivement de 6 à 10% de votre production à un prix tout juste à la moitié de votre prix de revient ?

Vous pourriez aussi prévoir un plan de stockage pour attendre des jours meilleurs sans obérer votre potentiel ; envisager un plan de relance de vos ventes ; changer de paradigme pour dépasser votre mission du marché comme un équilibre de l’offre et de la demande ; investir dans l’agroforesterie ou l’agroécologie ?

A vous de trancher.

Une petite anecdote finale : un vigneron se trouvait en avril 2017 avec un surplus de près de 15% de sa récolte 2016 (au-delà des rendements et des VCI autorisés) ; pressé et stressé de sa situation plus que limite, il décide d’envoyer brûler ses 400 hectolitres… deux semaines avant que le gel passe et fasse disparaître 60% de son millésime.
A vous de trancher, disais-je !

                 

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